L'Ardennaise Sébastien Rosseler - Lierneux (prov. Liège)  
28 juin 2009 km parcourus : 85  
15-30-45 km - chrono 75 km D+ : 1430 m  

 

Dur dur, ce lendemain des 8 heures de Manage... j'ai bien du mal à sortir de mon lit, avec comme perspective un long trajet vers les Ardennes et un 75 km en solitaire... En effet Thierry, soumis à des obligations professionnelles, ne saurait m'accompagner, et se contentera aujourd'hui d'une distance moyenne dans la région. Il est plus de 8 h 30 quand je prends la route, encore bien détrempée des orages qui ont ravagé la région la veille. Plusieurs zones de travaux routiers aidant, me voici arrivée à Lierneux peu après 10 heures. Inscription sur le brevet 75 km... nul ne me fait de remarque quant à l'heure tardive, bien que je précise que je serai de retour bien tard. Et me voici donc partie sous le soleil, en prévoyant quelque 6 heures de selle...

La première partie du parcours ne me paraît pas très pentue, mais il est clair que mes prestations de la veille ont laissé des traces. Je dois rapidement mouliner dans la moindre côte. D'autre part, de nombreux chemins sont empierrés et ça secoue un max... Dieu merci j'ai un tout-suspendu... Je suis surprise de voir quelques bikers munis d'une plaque de cadre me dépasser : il s'avèrera qu'un fléchage un peu ambigu a valu à certains un beau détour dès le départ, ce sont eux qui reprennent maintenant le vrai parcours. Pour ma part ce début est géré plus que prudemment : la balade va être longue et le soleil tape déjà fort. Je transpire abondamment et espère que les ravitaillements seront correctement placés. Cependant, hormis des jambes un peu molles, je ne me sens pas aussi fatiguée que je l'aurais cru. Je suis littéralement subjuguée par les paysages que je découvre... cette région est vraiment magnifique.

Arrivée au 1er ravitaillement situé à environ 14 km, et où l'on poinçonne ma plaque, tout va encore bien. Cela fait un moment que plus personne ne m'a dépassée, et je profite de cet arrêt pour échanger quelques mots avec les bénévoles. Me voici ensuite repartie. Le parcours commence à se durcir, la forêt devient omniprésente... il y a plus de côtes, la plupart sont caillouteuses. Nous ne roulons quasiment pas sur route, ce qui n'est pas pour me déplaire, hormis la traversée de l'un ou l'autre village. Je croise beaucoup de promeneurs, à pied ou à cheval... Les descentes se résument souvent à une trace dans une pente parfois très raide, et sont beaucoup plus longues que celles de ma région... je parviens néanmoins à ne pas trop me laisser impressionner car je sais que je suis la dernière et donc que je ne risque pas de devenir une chicane mobile pour des bikers plus rapides, c'est donc avec plaisir - et une certain montée d'adrénaline - que je me laisse descendre dans ces singletracks parfois piégeux.

Vers 25 km, dans un chemin encaissé et bordé de mûriers, j'aperçois deux bikers du chrono occupés à réparer une crevaison... peu après voilà que je rattrape deux autres bikers, sans dossard ceux-là, qui ont semble-t-il fait une pause à l'entrée d'un bois. Ils redémarrent comme j'arrive, et malgré leur allure plus dynamique que la mienne, je parviens à les garder à vue... dans une longue côte, je dépasse un biker, qui roule avec une carte IGN sous les yeux... il s'agit de Jean-Marie, un des vétérans du VTT, plus de 70 ans, bien connu sur les randos de la province de Liège... S'ensuit une descente rapide et j'aperçois les deux bikers qui s'arrêtent. Il y a là une camionnette, deux sacs poubelles et 2 messieurs... Alors que je fais halte, je comprends qu'il s'agit en fait du 2ème ravito (28 km), qui a tout remballé :-(. Il s'avère que ces personnes ne s'attendaient plus à voir passer quelqu'un à cette heure (il est 13 heures), qu'ils n'ont plus rien à boire, et que je dois lourdement insister pour qu'ils acceptent de poinçonner ma plaque. J'ai même droit à une remarque peu aimable concernant le fait que cela ne se fait pas de se lancer sur longue distance après 10 heures... je les préviens que deux autres participant à la longue distance vont arriver, et là on me prend de haut, en prétendant que ce n'est pas possible car je suis la dernière inscrite... je crois même percevoir un soupçon de mysogynie dans le ton, mais peut-être est-ce seulement ma susceptibilité qui me joue des tours... toujours est-il que j'ai du mal à ne pas répondre vertement... dans cette logique il n'y a donc aucune place pour les imprévus ??? problème mécanique, mauvais itinéraire, fringale... sont me semble-t-il autant de raisons d'être retardé... et ce n'est pas pour autant qu'on doit abandonner ! Bref, je n'insiste pas car l'un des deux individus commence à me porter sur les nerfs, et je repars au moment où le pauvre Jean-Marie arrive, tout déconfit de voir qu'il n'y a plus de ravito.

Mais maintenant, après cet arrêt assez désagréable, voilà que je me sens sous pression. Il fait très chaud et je me demande comment je vais pouvoir gérer si tous les ravitos ont été remballés, car il est certain que je tomberai à court d'eau. Côté alimentation, c'est moins dramatique car pour la première fois j'ai placé dans mon camelback quelques gels et barres énergétiques, que je commence alors à consommer. Plus perturbant encore, ma tendance naturelle à la dévalorisation prend le dessus : je ne suis pas assez rapide pour ces épreuves longue distance que pourtant j'affectionne tant, je devrais abandonner, etc, etc. Mais d'abandon, il n'est pas question, car mon autre tendance, c'est l'obstination, nondid'ju... Pour ne rien arranger, j'ai depuis quelques km des irritations au niveau du cuissard, qui vont crescendo au fil des km... j'ai à peine fait 40 km que déjà je lève mes fesses de la selle à la moindre occasion pour soulager cet inconvénient. Les deux autres bikers me redépassent, et là je sais clairement que je ne verrai plus personne. Lors de la traversée d'un village, voilà que je me perds, confondant les flèches d'un parcours cyclotouriste avec celles de la rando... Encore du temps perdu (merci à l'automobiliste complaisant qui m'a remis sur le bon chemin). Je n'arrive pas à me libérer de la pensée que je suis toute seule et que je n'aurais sans doute plus de ravitaillement, me demandant aussi comment dans ces conditions je pourrai faire valider le fait que j'ai terminé l'épreuve ? Mon camelback est de plus en plus léger, je suis déjà à envisager d'aller chercher de l'eau chez l'habitant... Dans un énième chemin forestier, je trouve un sac... il est bien rempli (je ne sais pas avec quoi, mais ça pèse lourd !) et je me dis que la personne qui l'a perdue serait contente de le récupérer. Malheureusement, impossible de le prendre pour le reste de la rando : trop encombrant et trop lourd, et surtout impossible pour moi de l'accrocher quelque part sur mon vélo... Je décide donc de le déposer à un endroit facile à retrouver. Me voici donc à grimper une côte à pied (impossible de rouler avec ce sac), pffff, décidément... heureusement au sommet, on sort du bois et je vois l'endroit idéal : un panneau indiquant le nom du lieu-dit et l'altitude. Je me débarrasse alors de mon fardeau et c'est reparti. Dans un nouveau village, j'aperçois un homme avec une enfant, et deux caisses en cartons à ses pied... miracle, c'est le 3ème ravito, (ou du moins ce qu'il en reste), au km 47. Ce bénévole est très aimable contrairement au précédent. Il était en train de remballer lorsque les deux autres chronos sont arrivés, et lui ont dit qu'il restait une femme derrière... et donc a décidé de m'attendre avec quelques restes. Je fais le plein de mon camelback avec l'eau qui reste, et dévore une poire. Pendant ce temps il téléphone au départ pour valider mon passage, car il n'a plus de quoi poinçonner ma plaque. Je lui explique également où j'ai laissé le fameux sac, que sa propriétaire sera apparemment très heureuse de retrouver vu qu'il contient tous ses papiers d'identité, me dit-il... enfin me voilà repartie, alors qu'il m'annonce qu'il reste 28 km et un ravito dans 15 km. Bien sûr je sais que ça va être dur car j'ai déjà perdu beaucoup de temps et que j'ai toujours cette pression... mais 28 km, ce n'est pas la mer à boire. D'autant plus que le parcours est dans l'ensemble trés agréable, même s'il n'est pas des plus ludiques (on est les 3/4 du temps dans les bois, mais plus souvent sur des chemins assez larges que sur des singles) et toujours dans un très bel environnement.

En réalité, cette fin de rando va tourner au cauchemar. D'une part, j'ai le postérieur à vif, et je souffre au moindre caillou. D'autre part, je me sens terriblement seule. Des kilomètres en pleine nature, dans une solitude et un calme qui me valent certes le magnifique - et inespéré - spectacle d'un cerf s'enfuyant à mon passage, puis 10 km plus loin d'une biche beaucoup moins préoccupée de ma présence, vision qui me change des petits chevreuils de ma région... mais une solitude qui devient de plus en plus pesante. Je parviens néanmoins encore à apprécier les beaux sentiers, beaucoup moins ceux qui présentent un bourbier car je n'ai plus d'énergie pour cela.... Et puis, voilà qu'à un moment, quelques km après une belle ferme, mon compteur affiche 70 km. Je n'ai pas vu de 4ème ravito mais je m'y attendais un peu... peu importe, il ne reste que 5 km ! et il est un peu plus de 16h30, je suis donc dans mes temps habituels... optimisme un peu prématuré, puisque peu après, dans une descente, je ne vois plus de flèches... des traces de pneus, il y en a, mais un peu dans tous les sens... des chemins partent régulièrement à gauche... après avoir remonté sans rien voir, je téléphone donc à l'organisation. Et là, d'une part, visiblement on n'est pas au courant qu'il y a encore quelqu'un sur le parcours... et oui, on sait depuis le matin que cette zone a subi du défléchage, d'ailleurs nombreux sont les bikers à s'être trompés... et d'autre part on me dit tout simplement de retourner sur mes pas jusqu'à la première route et de revenir au départ sur bitume... Je suis complètement démoralisée. En repartant, je constate que d'autres flèches ont disparu depuis mon premier passage, j'aperçois les agrafes qui les maintenaient, je vois qu'on a raclé la chaux au sol... mon sens de l'observation, tout comme celui de l'orientation, étant fort émoussé après 6 heures d'efforts, je crains à chaque embranchement de me tromper et de me perdre... Pourtant je ne croise pas âme qui vive ?! Là, j'en ai vraiment ras le bol... Et puis alors que je circule à bonne allure sur une portion plus plate tout en ruminant ma déception de devoir rentrer par la route, survient l'accident : un insecte dans mon oeil, ma main quitte la poignée pour le chasser, mon autre main freine involontairement, et me voilà qui passe au dessus du guidon. Je chute lourdement, ma tête rebondit sur le sol, et je sens une douleur à l'arcade sourcillère... lorsque je veux me relever, ma vision est trouble et je dois rester allongée quelques minutes avant d'y voir de nouveau. Une fois sur mes pieds, je constate des contusions un peu partout, j'ai mal à la tête, à l'épaule, mais tout fonctionne. Remise en selle toute tremblante, et me voilà repartie tout doucement... une fois arrivée à la route, je me trompe de direction en prenant à gauche comme on me l'avait indiqué (il n'y a pas de panneaux indicateurs) et je parcours 2 km dans le mauvais sens... c'est donc 8 km après cette nouvelle erreur que j'arrive à ma camionnette toute esseulée. Il est presque 18 heures, j'ai 85 km au compteur et je n'en peux plus. Inutile de préciser que je suis plus dernière que jamais... Une rando "grosse poisse" dont les qualités ont hélas été occultées par toutes mes mésaventures. Cependant, ayant eu un contact ultérieur avec l'un des organisateurs, il est à espérer que les erreurs de cette année seront corrigées, notamment au niveau des heures de fermeture des ravitos et du refléchage des zones qui subissent du sabotage.

Des photos sur le site de Fons : http://www.fonsmtb.be/

 

Points négatifs : problèmes de fléchage; organisation des ravitos et des limites horaires à revoir absolument dans le cadre d'une telle distance.

Points positifs : superbe région; parcours agréable, plus physique que technique, très boisé; grand parking.